Le développement de l'Internet en France
Un outil de communication non identifié
Le nouveau média tisse sa toile
De nouvelles perspectives politiques
Les politiques mises en oeuvre pour développer Internet
Une reconnection des désenchantés de la politique
L'Internet entre en campagne dans la présidentielle de 2002
La pré-netcampagne
La net-campagne "officielle" des candidats
Les internautes entrent dans la campagne
L'"autre" netcampagne dans l'entre-deux-tours
Regards sur les Etats-Unis
2000: les débuts de l’Internet dans une présidentielle américaine
Les primaires 2003 et le « déclic » Howard Dean 
2004: l’ancrage de l’Internet dans la vie politique américaine
Contributions extérieures
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Le blogging renforce l'implication des internautes dans la campagne

L’influence de l’Internet dans la campagne 2004 ne s’est pas limitée aux sites des partis, elle comprend également les blogs et les forums. L’impact immédiat des blogs sur les enjeux politiques et les nouvelles possibilités apportées par le «  blogging » en matière de débat public sont encore incertains. Les blogs permettent une décentralisation de la participation au débat politique, et la diffusion de l’information politique se trouve facilitée par ce nouveau média. Les blogs favorisent la démocratisation du débat, mais aussi l’éparpillement des thèmes discutés dans les blogs et la surreprésentation des acteurs politiques sur le net. La question est donc de savoir si les blogs ne sont qu’un complément de la communication politique ou s’ils vont permettre de la modifier en profondeur.

Les blogs comme remise en cause de la télévision

Le 8 septembre 2004, lors de l’émission «  60 minutes avec Dan Rather » sur CBS, Dan Rather a montré à millions des Américains les documents « officiels » qui incriminaient George W. Bush au sujet de son service militaire pendant la guerre de Vietnam. L’émission a été le théâtre de critiques nourries contre le Président des Etats-Unis. Cette émission a choqué les téléspectateurs CBS et provoqué une polémique nationale, et n’a pas été sans conséquences pour la réputation de la chaîne, et de la télévision en général. La télévision, considérée comme le média de référence du 20 ème siècle, le « Big Média », le média le plus important du journalisme, fut la cible de nombreuses attaques par le biais de l’Internet et du nouveau média émergent, les « blogs ». Quelques heures après l’émission, de nombreux téléspectateurs ont démenti les documents présentés sur des « blogs ».

Le journalisme télévisé, cadre habituel du journalisme d’investigation, a donc été fortement remis en cause. Malgré les excuses présentées par CBS et son journaliste Dan Rather, le débat sur la véracité des informations diffusées sur la télévision se sont poursuivis sur internet par le biais des blogs. L’ampleur du débat sur CBS a été telle que le PDG de CBS, Dan Rather ainsi que de nombreux autres responsables de CBS ont été contraints de démissionner. De même, le journaliste de CNN Jordan Eason a été récemment contraint à la démission, après avoir fait l’objet d’attaques sur la « blogosphère »républicaine pour ses propos tenus au forum de Davos le 26 janvier 2005.

Il était possible avant l’émergence des blogs de faire oublier aux téléspectateurs les gaffes éventuels de journalistes en attirant l’attention des téléspectateurs sur d’autres débats ou de nouveaux événements. L’absence de contrôle sur les blogs et les bloggers confère une liberté inouïe à ce nouveau média qui est actuellement considéré comme le «  We Media ». Les bloggers n’ont aucune limite à leurs publications et sont libres de se concentrer sur tout type de sujet sans se soucier de l’audimat ou des attentes éventuelles des internautes. La capacité de réaction face aux enjeux actuels est immédiate et se perpétue rapidement. De plus, les médias traditionnels sont désormais contraints d’ en tenir compte.

Après cet incident, la critique récurrente contre les blogs concernait leur manque de crédibilité journalistique ou politique ; cette insuffisance de crédibilité les empêcherait de remplacer les médias traditionnelles. Cette critique, aussi légitime qu’elle soit, ne diminue pas leur influence: de nombreux politiciens sont déjà conscients de ce que les blogs peuvent accomplir en complément des autres médias. Certains blogs ont leurs patrons comme des chaînes de télévision. Certains blogs sont financés par des donations et adoptent une approche partisane. A la facilité de création des blogs s’ajoute l’absence de régulation de leur sponsoring, ce qui limite le contrôle du contenu et de la pertinence des e-publications. Pendant les élections du South Dakota, le candidat républicain John Thune a ainsi versé plus de 30 mil $ à deux bloggers pour qu’ils créent des sites soutenant sa campagne et publient des documents à son avantage ; il a finalement remporté l’élection grâce à l’efficacité de sa campagne médiatique en partie grâce aux blogs . D’où la question de l’impact à terme des nouveaux médias sur un contexte politique changeant, marqué par la personnalisation des élections.(Pippa Norris)

Les blogs peuvent aussi être un moyen pour des électeurs de soutenir leur candidat : la campagne électorale des élections présidentielles de 2004 a marqué une nouvelle étape dans l’utilisation des e-technologies dans le soutien aux candidatures présidentielles. Ainsi, le candidat démocrate Howard Dean a ouvert de nouvelles perspectives en fondant sa campagne sur des nouvelles technologies. Howard Dean a été un pionnier de l’intensification de la politisation des sites Internet par les blogs pendant sa campagne électorale. La campagne de Howard Dean, qui aspirait à la candidature démocrate, a levé des fonds importants au cours de « campagnes blogs ». Sa « campagne blog » s’est articulée autour de la diffusion d’une liste d’emails de militants, de forums tel que « Meetup.com » ainsi que d’autres informations sur les événements et les rallyes organisés pour soutenir sa candidature.

Selon des statistiques de janvier 2004, Howard Dean a rassemblé 500.000 soutiens de plus que les autres candidats . C’est aussi Howard Dean qui a levé le plus de fonds pour sa campagne grâce à sa « campagne blog ». Les autres médias ont collaboré à ce succès en assurant la promotion de l’utilisation exhaustive des nouvelles technologies pendant la campagne. Des millions d’internautes ont visité le blog de discussion « Meetup.com » afin de discuter d’ enjeux politiques après avoir vu les publicités à la télévision. Selon les statistiques d’un centre de recherche américain « Pew Internet American Life », en printemps de 2003, le pourcentage des internautes qui ont consulté des blogs étaient autour du 11 %. En février 2004, ce chiffre s’est élevé à 17% et le plus récemment en novembre 2004 le pourcentage des lecteurs de blogs était 27%. Le centre confirme qu’il y avait fin 2004 32 millions de lecteurs de blogs aux Etats-Unis. Ce regain d’intérêt pour les blogs souligne le pouvoir naissant de ce nouveau média qui déjà pousse les politiques de repenser l’organisation  des campagnes électorales. Karl Rove, l’architecte du succès électoral du George W. Bush, a annoncé le déclin des médias traditionnels en ajoutant qu’il est désormais indispensable pour les candidats d’intégrer les nouveaux usages de l’Internet à leurs campagnes. (The Guardian Unlimited, special reports; Ian Duncan Smith, February 19 2005).

Il faut rester prudent sur l’impact concret des blogs sur les résultats des campagnes. Il faut souligner cependant que cette mobilisation massive sur Internet n’a pas suffi à la victoire du candidat Dean aux primaires ; l’Internet peut donc être un catalyseur d’information mais n’est qu’un élément favorisant le débat, et son impact sur les électeurs n’est donc pas évident à ce jour. L’Internet permet donc de nouvelles possibilités techniques pendant les campagnes. Mais il a permis d’offrir de nouvelles opportunités de communication et de promotion aux candidats. Les blogs ne modifieront en profondeur le processus électoral que lorsque leur impact sur les choix des électeurs seront avérés ; ils ne modifient pas pour l’instant clairement les résultats des campagnes électorales. Les blogs permettent néanmoins une individualisation du lien entre candidats et électeurs à une époque marquée par un désintérêt croissant pour la sphère publique. Les blogs forment donc un espace commun, une agora virtuelle dont participants se mobilisent par milliers autour d’enjeux politiques, économiques, sociaux et échangent leurs idées. Les blogs répondent donc aux attentes du citoyen contemporain individualiste, en ce que la participation aux blogs n’est pas consommatrice en temps et facilite un engagment politique qui perd ses formes traditionnelles.(recul du militantisme traditionnel, nombreux swing voters) Néanmoins, les règles de ce nouveau « We Media » restent à définir. Des éléments de prévision sociologiques et politiques sont nécessaires afin d’évaluer l’influence potentielle des blogs sur le débat politique à terme.

 

L’Internet n’a donc pas révolutionné le processus électoral, mais participe à son renouvellement en renforçant l’interaction entre candidats et électeurs. Mais l’Internet a déjà un impact non négligeable sur les jeunes américains, qui s’est accru entre 2000 et 2004, et qui laisse présager un renforcement de son influence à court terme. Comme l’a montré Pippa Norris dans ses recherches sur l’usage de l’Internet en politique ( « The evolution of election campaigns ; eroding political engagement ? »), le nouveau média a déjà un impact visible sur la vie démocratique au sens large ; l’émergence des campagnes électorales post-modernes marque un retour à des formes de communication localisées et interactives qui étaient présentes dans la période des campagnes pré-modernes, au 19 ème siècle. L’Internet renforce déjà Le lien entre citoyens et sphère publique en multipliant les ressources informationnelles, la communication électronique, et le champ d’action de nombreux groupes d’intérêts, mouvements sociaux, ONG, réseaux transnationaux, partis politiques et candidats. L’impact des nouvelles technologies sur les organisations intermédiaires est évident puisqu’ils renforcent les réseaux d’activistes qui remettent en cause le processus classique de gouvernance globale. La façon dont les leaders publiques répondront à ces changements, par leur utilisation des nouvelles technologies (l’e-vote dans les années à venir) reste un des défis importants en matière de gouvernance au 21 ème siècle.

www.time.com « who owns the truth”

http://blogspot.mg.co.za Vincent Maher’s blog

Alexis Rice, « campaigns online : the profound impact of the Internet, Blogs, and e-technologies in presidential political campaigning” janvier 2004, www.campaignsonline.org

www.nytimes.com « CBS News draws the Ire of Bloggers » 17 janvier 2005-01-27

www.cbsnews.com « New Medium, Old Politics » 9 decembre 2004

 

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